Site personnel d’Eric Vautrin, dramaturge du Théâtre Vidy-Lausanne

¬ à Vidy

VIDY+Forum : Violences, vengeances et réconciliations en contexte décolonial, débat avec Nicolas Bancel (UNIL)

Rencontre avec Nicolas Bancel (UNIL), historien, professeur à l’UNIL, spécialiste du fait colonial et des questions postcoloniales


  • - Samedi 30 novembre 15:00-16:30 - VIDY+Forum : Violences, vengeances et réconciliations en contexte décolonial, débat avec Nicolas Bancel (UNIL) – Théâtre Vidy-Lausanne en partenariat avec l’UNIL

Nicolas Bancel est historien. Il s’intéresse à la formation de l’idéologie politique de la colonisation et à la structuration de stéréotypes coloniaux. Pour cela, il fait usage tant de l’histoire politique et des mentalités que de l’histoire sociale et culturelle. Avec lui, nous évoquerons les enjeux poscoloniaux de ses recherches actuels et quelques unes des questions de deux spectacles de Vidy ces jours prochains : Congo d’Eric Vuillard mis en scène par Faustin Linyekula et Orestes in Mosulde Milo Rau.

Dans son livre « Congo », Eric Vuillard fait roman de trois épisodes si ce n’est méconnus, en tout cas fondamentaux, de l’histoire coloniale : la répartition « sur carte » de l’Afrique par les dirigeants des pays occidentaux à Berlin en 1882, l’achat à titre personnel du territoire qui deviendra le Congo par Léopold II, roi des Belges, et les récits diffusés alors des exploits violents de l’explorateur Stanley sur les rives du fleuve Congo. La description littéraire de ces événements, mais aussi de leurs représentations (notamment les photographies rapportant les exploits de Stanley), les liens historiques et émotionnels que le roman tisse, actualise l’histoire, notant ainsi combien ils résonnent encore dans les consciences contemporaines.
Lors que le chorégraphe congolais Faustin Linyekula le porte en scène, le doublant de chants et de danse, cette histoire européenne se révèle comme une mémoire oubliée de son pays, une rémanence inscrite dans les corps, les voix et les gestes.
Dans les deux cas, exposer depuis le présent (un roman contemporain, une danse d’aujourd’hui) les violences coloniales permet d’en désigner l’actualité si ce n’est la persistance, faisant du fait colonial non pas une histoire lointaine et révolue, mais une présence déterminante pour réfléchir notre temps.
Dans Orestes in Mosul, Milo Rau reprend la tragédie d’Eschyle pour réfléchir les violences d’une autre partie du monde marquée par la colonisation : le Moyen-Orient. En situant et en répétant l’Orestie dans le Mossul de Daech, avec une troupe irako-belge, Milo Rau fait résonner l’histoire mais il fait aussi de l’art, de la fiction, le lieu et le temps de l’exposition publique de la violence. Dans Eschyle, cette exposition donne naissance à la justice.
Retours avec un spécialiste des enjeux postcoloniaux sur la prééminence des histoires coloniales aujourd’hui et sur la fonction de la représentation de la violence.

Biographie :
Nicolas Bancel est historien, professeur ordinaire à l’Université de Lausanne, Faculté des sciences sociales et politiques (ISSUL), professeur invité à l’Université de Californie Los Angeles (UCLA, États-Unis), co-direcrteur du groupe de recherche Achac (Association pour la connaissance de l’histoire de l’Afrique contemporaine). Spécialiste du fait colonial, des questions postcoloniales et de l’histoire des activités physiques, il propose d’interroger le passé colonial pour mieux appréhender les enjeux contemporains. Il a co-dirigé de nombreux programmes de recherches, expositions et publications sur ces questions, dont Ruptures postcoloniales. Les nouveaux visages de la société française (La Découverte, 2010), Culture postcoloniale (Autrement, 2007), La fracture coloniale - La société française au prisme de l’héritage colonial (La Découverte, 2005). Il vient de faire paraître Le postcolonialisme dans la collection « Que sais-je ? ».

A lire ou écouter en ligne :